Photo de couverture : Plume de calamar, port de pêche, Le Havre, La Furie et la Foi © Jérémy Charbaut
Dans La Furie et la Foi, le photographe Jérémy Charbaut explore le quartier Saint-François comme on entre en territoire intérieur. Ce quartier du Havre construit par François Ier, bout de ville à l’atmosphère presque insulaire, devient le théâtre d’un récit photographique dense, à la frontière du documentaire et de la fiction.
Imprégné par ses gens de mer, son marché aux poissons, sa proximité immédiate avec le port de pêche, le photographe tisse une œuvre où les images convoquent la matière, l’humain, l’organique.
Les visages se dérobent sous des capuches, l’anonymat protège l’intime, entre ombres et lumières. Ici, le beau se fait âpre, partout une inquiétante étrangeté affleure, au détour d’un angle, dans l’habitacle des voitures, dans les corps au travail.
Le bar « Chez Lili », emblématique du quartier, devient un bateau à terre, un territoire clos, presque mythologique. Chaque silhouette semble tout droit sortie d’un film noir, évoluant dans une ville parallèle, en marge de la cité.
Par symboles, métaphores et analogies, Jérémy Charbaut brouille les pistes, fait fonctionner l’imaginaire, interroge le sens des choses, la vie et la mort. Le noir y est décor, la foi une tension, la furie une énergie.
Un parti pris radical, un regard d’auteur sur Le Havre, à découvrir dans un livre et à prolonger par l’exposition, pour se laisser traverser par cette fantasmagorie habitée.