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Solaris, une exposition de Robert Charles Mann au Château de Chambord

Solaris, une exposition de Robert Charles Mann au Château de Chambord

L'exposition Solaris de Robert Charles Mann vient de s'ouvrir au château de Chambord. En résidence sur le Domaine national entre le soltice d'été et le solstice d'hiver en 2025, le photographe a saisi l'essence de ce joyau architectural et patrimonial français comme jamais auparavant. 

Si le recours à une pratique minimaliste de la captation d'une image par l'utilisation de boîtes à sténopé célèbre un retour aux sources du médium photographique à l'occasion du bicentenaire de sa naissance, il est surtout l'outil qui permet de fixer le château dans une histoire (le temps) et un territoire (l'espace), offrant ainsi au regard la beauté de sa permanence.

En montrant la course du soleil et son empreinte sur la magnificence des lieux, nous sommes invités à voir l'invisible, à entrer en poésie au cœur du grand mystère du temps qui passe...

Nous vous proposons la lecture du discours que Robert Charles Mann a prononcé lors de l'inauguration de l'exposition, le 20 mars, jour du printemps.

Discours de Robert Charles Mann, 20 mars 2026, Château de Chambord.

« Un dimanche après-midi de 1992, environ deux ans après avoir acheté une maison à Chaumont-sur-Loire, nous roulions sans but précis avec Tracey, mon épouse, pour explorer la campagne autour de chez nous. Nous nous sommes retrouvés sur une longue route rectiligne en pleine forêt, la route de Saint-Dyé. Sans savoir où nous allions, nous avons aperçu à travers les arbres quelque chose qui nous semblait de plus en plus mystérieux.

Lorsque nous avons atteint la clairière et que le château de Chambord s’est révélé devant nous, nous sommes restés bouche bée, émerveillés et impressionnés, complètement sans voix.

Aujourd’hui, 34 ans plus tard, je me tiens ici avec ce même émerveillement et cette même admiration, et je me demande : « Comment suis-je arrivé ici ? ».

Je suis entré dans le monde de la photographie à l'envers, pour ainsi dire. J'ai commencé à réaliser des tirages photographiques dans la chambre noire de mon père à l'âge de huit ans, avant même d'avoir pris ma première photo. Ma mère était pianiste de concert et son répertoire a bercé ma jeunesse, accompagnant toutes les formes de musique : rock, jazz, musique électronique expérimentale, etc. Je me suis installé à Hollywood en 1979 pour poursuivre ma carrière musicale, mais je me suis vite rendu compte que l'argent posait problème. J'ai trouvé un emploi dans un labo photo pour payer mes factures. Il se trouve que ce labo était le plus prestigieux d'Hollywood, travaillant pour les meilleurs photographes du monde. Ma vie s'est donc vite centrée sur la photographie. J'ai rapidement été sollicité dans le monde entier pour ce talent latent que j'avais redécouvert, mais la musique me manquait toujours.

La photographie et la musique ont joué un rôle égal dans ma vie, l'une prenant le dessus tandis que l'autre passait au second plan. Je me suis lancé dans la photographie au sténopé vers 1990, après m'être installé en France. J'ai toujours été davantage attiré par une vision pictorialiste que par une approche ultra-réaliste et d'une netteté extrême. J'ai trouvé le moyen d'obtenir un rendu plus pictural grâce à certains procédés photographiques et à l'utilisation de l'appareil à sténopé. La lumière est au coeur de la photographie, et dans mon cas, j'éprouve une admiration extrême pour le soleil. C'est ainsi que j'ai commencé à expérimenter la solargraphie à la fin des années 90. C’est ce qui nous amène ici aujourd’hui.

Après deux résidences, l’une au château de Chaumont-sur-Loire et l’autre au château Miraval, j’ai décidé d’écrire une lettre au château de Chambord pour présenter mon idée de capturer ce lieu à travers ma solargraphie.

C'est avec une profonde gratitude et une grande humilité que je peux vous présenter ma vision du château de Chambord, grâce à la décision de Mathilde Zambeaux et de son équipe, qui ont fait le pari d'accepter ma proposition de réaliser ce travail.

Ce n’est pas seulement un plaisir de vivre ici et de m’imprégner du mystère et de l’atmosphère de ce lieu, mais également une immense responsabilité de montrer le château de Chambord dans toute sa splendeur et sa gloire, avec le soleil pour compagnon.

Le simple fait d’utiliser une boîte métallique, d’y percer un trou, d’y placer un morceau de papier photographique argentique et de le fixer en place pour enregistrer la trajectoire du soleil dans le ciel pendant six mois, d’un solstice à l’autre, est une célébration de tout ce qui, à mes yeux, fait l’importance de notre appartenance à l’univers. 

Nous sommes nés des entrailles d’étoiles en explosion, littéralement. Les éléments et les molécules qui composent tout ce que nous sommes proviennent d’étoiles qui ont passé leur vie à créer les éléments les plus lourds au coeur de leur noyau, avant de mourir dans des explosions extrêmes qui dépassent notre imagination. Ce sont ces éléments, ou cette « poussière d’étoiles », qui constituent les fondements de la vie et font de nous ce que nous sommes.

Nous sommes dans l’univers, et l’univers est en nous ; nous sommes donc l’univers qui se regarde lui-même. »

 

→ Pour en savoir plus : www.chambord.org

« Il y a dans ces photos le carambolage de réalités distinctes qui, pourtant, coexistent : mon entendement rétablit l’unité de ce que mon oeil sépare, mais entre les deux opérations subsiste un hiatus, l’interstice d’une ouverture poétique. Qu’est-ce que l’on voit ? Des gerbes météoriques, des orbes plus ou moins distordues, des voussures à même le ciel, ondulations cambrées et halos concaves, comme autant d’inflexions attisées par les outils numériques qui leur confèrent la puissance colorée du vitrail, d’un faisceau d’énergie, d’une architecture céleste hallucinée qui répond à celle des hommes. »   Yannick Mercoyrol

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