Après vous avoir présenté le projet « Boîte noire » de Manon Tagand, nous continuons notre exploration des archives familiales en tant que matière vivante de création et vous invitons à découvrir le travail d’Anthony Voisin intitulé « Wild Zone ».
Le père d’Anthony Voisin décède en 2019. En 2022, ce dernier (re)trouve une collection de boîtes dispersées dans plusieurs pièces de la maison de ses parents, un véritable trésor dont il avait sans doute jusqu’à présent sous-estimer l’importance. L’inventaire révèle une accumulation d’objets et de documents, souvenirs hétéroclites mais rigoureusement rangés et conservés par son père toute sa vie durant.
Pendant trois ans, Anthony s’attèle à garder une trace de cet inventaire et photographie chacune des boîtes et leur contenu, sous une forme inspirée des planches de l’encyclopédie de Diderot et d’Alembert, avec un protocole strict de prise de vue.
Si les premières photographies cherchent d’abord à montrer la beauté esthétique de cette archive, elles initient surtout une réflexion sur la manière dont on reste éloigné de la vie intime de nos parents et comment, à l’aune de ce qui reste après eux, ils nous laissent les pièces d’un puzzle à rassembler.
En photographiant ces boîtes sans pour autant révéler précisément ce qu’elles contiennent, le fils donne à ce puzzle une forme nouvelle, respectueuse de la volonté du père d’ordonner, de s’attacher aux choses concrètes, de s’inscrire dans une histoire. Cette archive ainsi photographiée, quand elle devient catharsis visuelle, change de statut pour entrer dans le monde de la création artistique pure.
Photographie de couverture du podcast : extrait de Wild Zone © Anthony Voisin
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À sa mort, son père, Maxime Voisin, a légué à sa famille des boîtes. 229 boîtes exactement (et autres portes-documents, chemises, banette, etc…), ni cachées ni totalement offertes au regard de ses proches.
« Y reposaient des documents, des photos, des objets, aussi inutiles qu’essentiels, aussi anecdotiques qu’universels, aussi désuets qu’immémoriaux. Une encyclopédie d'une histoire vécue, entre les années 1930 et 2000. Une existence mise en boîtes, regroupant environ 30 000 documents, 1 800 objets, et quelques ébauches de collections éparses. Pour rendre plus lisible à mon propre entendement un héritage aussi chargé, j’ai décidé de les ouvrir pour en exhumer les reliques et les donner à voir. À cet agrégat obsessionnel, j’ai répondu par une accumulation photographique. »