Livre d’art UT PICTURA – Wahib Chehata

300.00 

UT PICTURA est la première grande monographie consacrée à Wahib Chehata conçue comme un catalogue raisonné, mais surtout comme une œuvre à part entière dans le corpus de l’artiste.

Le critique d’art Clément Thibault s’est emparé de cette « somme » conséquente et a produit un texte inspirant, Le Temps de l’image et des mythes qui accompagne les 300 œuvres présentes dans le livre. Ce texte traite de la place de la création de Wahib Chehata dans l’histoire récente de la photographie et sur la manière dont il s’inscrit dans une continuité historique de l’art pictural, au carrefour des religions, des croyances, des grands siècles d’or de la peinture, et de l’histoire politique récente, héritée de la colonisation ou de la société du capitalisme.

Parution : fin novembre 2019 – Édition limitée, numérotée et signée par l’artiste

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Il est impossible d’ignorer la qualité de ses mises en scène et de ses portraits, qu’ils s’inspirent des tableaux des maîtres classiques qu’il admire, ou qu’elles prennent leur source dans son imaginaire, construit par strates successives, et restitué dans une quintessence visuelle qui frappe par la justesse de l’adéquation du fond et de la forme et par sa maîtrise parfaite de la lumière.

La construction de l’ouvrage reprend la manière dont Wahib Chehata construit son travail, par séries : Renaissance, Résilience, Mythologies, Black & Light, Corpus et Entropie.

 

Tirage de tête :
Le tirage de tête est composé des 30 premiers exemplaires. Chaque livre est accompagné d’un tirage de collection à choisir parmi une sélection de l’artiste.
Chaque tirage original est signé, numéroté et limité à 6 exemplaires. Le tirage de tête est disponible ici en exclusivité sur Hemeria.com.

 

Expositions
Certaines des oeuvres d’UT PICTURA seront exposées à Paris Photo du 7 au 9 novembre 2019 sur le stand Hemeria.


Voici quelques extraits du texte du critique d’art Clément Thibault, intitulé Le Temps de l’image et des mythes, qui accompagne les images-manifestes du photographe – ses « tableaux », ainsi qu’une sélection d’images choisies parmi le corpus du livre.

 

Les images de Wahib Chehata parlent à tous, mais elles sont paradoxales. Elles parlent à tous et se taisent à la fois. Intelligibles, elles refusent de livrer un sens précis, que l’on peut circonscrire à un sujet. C’est bien au creux d’un patrimoine visuel commun que se cristallise l’œuvre de Wahib Chehata, des souvenirs d’images que nous partageons, fussent-elles artistiques, religieuses ou « profanes ». Il puise dans les images qui ont construit notre psyché. Les poses, attitudes, compositions et symboles qu’il ne cesse de convoquer, on les retrouve dans diverses mythologies, dans l’iconographie catholique et musulmane, dans l’histoire picturale occidentale et la calligraphie arabe, dans l’actualité la plus récente et quelques détours par d’autres cultures, pop et urbaine, et son style apparaît lui-même comme un creuset mêlant des pratiques diverses — portrait de mode, photographie publicitaire, plus récemment photojournalisme.

Un esprit chagrin pourrait voir là-dedans un vaste assemblage postmoderne, un peu fourre-tout, sans percevoir la cohésion et la précision du travail accompli.
Alors, posons-la cette question : pourquoi mêler les symboles, pourquoi renouer avec les compositions du passé ? Pourquoi citer ? Pour se placer dans une filiation par rapport à l’histoire de l’art ? Pourquoi pas, mais pas uniquement, car cela nierait la densité du temps à l’œuvre dans les images de Wahib Chehata, cela nierait leur aspect anachronique.

Les compositions et les symboles qu’il emploie, sa volonté de produire une photographie faisant corps avec la peinture, cela permet aussi de revivifier l’expression, à l’instar de Jeff Wall, de la complexifier et de l’inscrire dans un patrimoine visuel commun. La Renaissance, dont s’inspire particulièrement Wahib Chehata, est l’héritière infidèle du symbolisme médiéval, elle est riche en allégories et emblèmes. Wahib Chehata retrouve ce point d’équilibre entre l’allégorisme médiéval, selon lequel l’image est une écriture figurée, et le « réalisme » renaissant, qui emprunte au modèle antique la dimension mimétique et dramatique de la représentation. Mais n’oublions pas aussi que citer le passé est un geste du présent. Jeter ces compositions séculaires dans notre présent, c’est leur donner une nouvelle actualité, voir ce qui en elles reste et demeure.

Baudelaire voyait chez l’artiste l’impérieuse nécessité de « dégager de la mode » ce qu’elle peut contenir de poétique dans l’historique, de tirer « l’éternel du transitoire ». Wahib Chehata procède à rebours : il jette notre présent dans l’éternel. Il exhume les formes du passé, qu’il grime de modernité.

        Gisant / 2016 / 150 x 225 cm / Tirage sur papier baryté / Série Renaissance

 

De plus en plus, les citoyens apparaissent comme des dévots dont la religion change à chaque nouveau hashtag. Mais, à bien les considérer, ce sont toujours les mêmes histoires que nous vivons depuis des siècles, collectivement et individuellement, les conflits de pouvoir, la prédation des uns sur les autres, les Anciens contre les Modernes, l’expérience d’inanité de l’existence, de désir, de deuil…

À ces interrogations, à ces craintes, à ce bruit, Wahib Chehata répond avec la sagesse des images, du haut de leurs siècles. Pour lui, le travail plastique n’est réalisé ni dans l’optique de la virtuosité ou de l’inclusion dans les valeurs humaines, c’est-à-dire le marché, ni dans le commentaire, mais dans la sensation. En dramatisant la réalité, en modelant ces archétypes, la glaise des âges, Wahib Chehata recherche l’émotion pure, collective. Un travail complet, où l’expression est servie par une sensibilité forte à l’histoire de l’art. Photographier comme l’on peint, lire des images comme on lit un texte ; se retrouver face à la densité du temps.

 

   Narcisse / 2016 / 60 x 60 cm / Tirage sur papier baryté

C’est presque une méthodologie, Wahib Chehata aime à tordre les mythes, à les retourner. Plus spécifiquement, il aime à les rendre inopérants dans leur dialectique classique pour les renouveler d’une aura de sens plus actuelle, même si elle se pare encore des atours de l’ancien.

Avec ce masque, Wahib Chehata nous sert un Narcisse sans visage, dont l’identité pécheresse est rendue invisible. Représenter personne, comme on représente tout le monde. D’ailleurs, ce Narcisse s’est détourné de son reflet à la surface de l’eau pour se complaire dans l’objectif photographique. Le réceptacle de l’amour propre change, ce n’est plus l’autosatisfaction vécue dans la pénombre d’un sous-bois, c’est celle que l’on partage. C’est Narcisse à l’heure du selfie.

  Veau d’or / 2017 / 150 x 200 cm / Tirage sur papier baryté / Série Résilience

Dans ces images, l’esthétique « papier glacé » de la photographie publicitaire, notamment celle des produits de grande consommation, sert une vaste vanité, où la mort des illusions côtoie celle de la chair, la mort de Dieu sans culpabilité, l’acte impie, l’image peut-être d’une immanence triomphante, où toute verticalité a été abandonnée. Que reste-t-il du corps à part le corps ?

Dans un monde rationaliste, où n’importe quoi se voit transformé en chiffres et en gains potentiels, où rien ne se fait plus le réceptacle du sacré, ces images sont les reflets d’une société où le meurtre a été relégué dans les abattoirs, loin de la vue des hommes qui mangent les restes. La transcendance nous a abandonnés, nous laissant l’industrie agroalimentaire.
Le veau d’or, la tête arrachée. Comme cette image tisse de subtils liens avec l’actualité la plus immédiate, alors que le capitalisme, comme outil de production et d’échange, est remis en cause, alors que la prédation des uns sur la nature, les ressources qu’elle prodigue, et les hommes, par appât du gain, ou par séduction des sirènes du pouvoir, nous a amenés au bord d’un précipice, alors que vacillent nos vieilles certitudes dans l’urgence de penser un nouveau système, plus harmonieux. Nos idoles sont mortes, il faut en trouver d’autres.

Memento mori / 2017 / 180 x 150 cm / Tirage sur papier baryté
Memento mori / 2017 / 150 x 225 cm / Tirage sur papier baryté
GOOLEG / 2017 / Néon bleu, rouge, jaune, vert / 25 x 70 cm / A2Z Art Gallery / Paris

Se faire tirer le portrait, de quelque manière que ce soit, c’est combattre la mort. En faisant (ou en faisant faire) son image, on laisse sur terre une trace, quelque chose qui nous survivra. Un legs à la postérité. D’ailleurs, le terme garde cette lutte intestine contre l’irrémédiable dans son étymologie puisque, à l’origine de la Rome antique, les imagine étaient des masques fabriqués en cire, moulés sur la face des morts et portés en processions. À cette réalité implacable, cet homme cagoulé, aux airs de Savonarole ou de black bloc, répond par la détermination et le léger défi présents dans son regard —  fréquents chez Wahib Chehata.

 


Clément Thibault est curateur et critique d’art indépendant. Après des études d’histoire de l’art et de management culturel, il a été assistant-curateur de Laurence Dreyfus, puis rédacteur en chef d’Art Media Agency (AMA) pendant deux ans. Aujourd’hui, il collabore fréquemment avec diverses revues (Art Absolument, AMA, Modern Art…) et a participé à plusieurs ouvrages, monographies et catalogues d’exposition. De l’art classique africain à l’art numérique, son approche inclusive de la critique et du commissariat s’articule autour de réflexions sur l’image et la spiritualité. Depuis 2015, il enseigne l’histoire de l’art dans des établissements spécialisés (ICART, EAC, IESA) et l’histoire et la philosophie du jeu vidéo dans une école de game design (ICAN). Clément Thibault fait partie du conseil d’administration du Cube (Centre de création numérique, Issy-les-Moulineaux), et du jury du Salon d’art contemporain de Montrouge (2020).
Clément Thibault est membre de l’AICA (association internationale des critiques d’art), de C-E-A (association française des commissaires d’exposition) et de Jeunes Critiques d’art (JCA). Il est également membre du conseil d’administration du Cube, centre de création numérique (Issy-les-Moulineaux).
Il a présenté le travail de Wahib Chehata au prix AICA de la critique d’art le 23 avril 2019.

Poids3 kg
Dimensions220 × 280 mm
Nombre de page

384 pages

Langue des textes

Français et anglais

ISBN

978-2-490952-07-6

Auteurs

Photographies de Wahib Chehata, textes critiques de Clément Thibault

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