Podcast « L’Œil écoute » #17 : Denis Dailleux ou « comment parler de son désir en le sublimant ? »

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On n’échappe pas à son enfance. Celle de Denis Dailleux est marquée par l’omniprésence des images. Près d’Angers, pendant 10 ans, le petit village rural où vit sa famille est l’objet d’une enquête sociologique menée par un universitaire américain et ses étudiants : il est alors fasciné par les planches-contact qu’un d’entre eux, devenu un proche de la maison, réalise. Dans le même temps, l’enfant est marqué du sceau des rituels et des icônes religieuses, du spectacle de la messe et du mystère de la foi. Sa grand-mère l’emmène chaque dimanche à l’église, monumentale, fière que son petit-fils soit si pieux et si mystique. Il en conservera sans doute la passion du Greco, le goût des odeurs de l’encens et du bois humide, lui qui s’engagera ensuite dans une formation de fleuriste et, plus tard, tombera amoureux des odeurs du Caire.

Série « Mères et fils » © Denis Dailleux

Pourtant, devenir photographe ne s’est pas fait sans douleur. D’origine modeste, il faut réussir à s’extraire d’une vie de labeur toute tracée pour atteindre son rêve. Monter à Paris ne suffit pas à ouvrir grand les portes des rédactions. Il faut trouver des petits boulots pour vivre. Mais c’est quand le désespoir a presque raison de son désir de photographie que le destin met sur sa route la rencontre providentielle : Christian Tortu, qui débute, lui ouvre les siennes — il restera à ses côtés 10 ans —, Libération lui donne ses premières piges, une iconographe du journal l’incite à passer à la couleur, l’agence Vu’ en 1995 le fait quitter le monde des fleurs pour l’Inde, Chérif lui fait traverser la Méditerranée, et Marmoud, son frère de coeur, lui permet de réaliser sa série « Mère & fils », un témoignage puissant sur le sort des martyrs de la Révolution égyptienne.

Denis Dailleux serait-il comme ces Égyptiens qu’il photographie un photographe « mendiant et orgueilleux » ? Parce que l’on peut être pauvre mais élégant, vivre de peu mais être fier de sa destinée et de ce que l’on a construit avec les siens, droit et digne face à l’adversité ?

Série « Mères et fils » © Denis Dailleux

Observateur attentif de la société, il est avant tout un sociologue dont l’outil serait la photographie. Attiré par la sincérité de ses sujets, par leur vérité, il affirme qu’« avec la photographie, on découpe le réel, on se reconstruit une vie qui peut être supportable ». On ne sait pas si le passage à la photographie couleur l’a aidé à sortir d’une relation complexe avec le médium. Ce qui est certain, c’est que le doute et le renoncement n’ont jamais eu raison d’une passion portée au creux du ventre. Si la photographie a été, peut-être, un sésame pour « sublimer son désir », l’humilité induite par sa pratique du 6×6 est surtout la marque du portraitiste admiré qu’il est devenu, dans la lignée des Diane Arbus, Richard Avedon, Irving Penn, Paul Strand, qu’il chérit tant.

Les ambiances de ses images lui rappellent-elles celles de l’église de son enfance, picturales telles les fresques qui en ornaient les murs, où les sujets ont ce regard triste des destins tragiques ? Aujourd’hui, dans sa maison de Pierrefitte, il travaille sur le livre-rétrospective de ses 30 années égyptiennes et rejoint autant que possible son autre terre promise, le Ghana, où il a trouvé un havre de paix et de joie, face à l’Atlantique…

Le prochain rendez-vous de notre podcast sera consacré au photojournaliste Jérémy Lempin.

Habillage musical « L’Œil écoute » #17 :

Arabic is Remix / Compositeur : Jonathan Shapiro / Éditeur : Kulanu Music

Prise de son lors la révolution égyptienne de 2011 par Denis Dailleux

Hip Hop Arabic / Compositeur : Jonathan Shapiro / Éditeur : Kulanu Music

Gospel Church Choir de Luca Francini

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