La défense du droit d’auteur : rencontre à l’UPP avec Philippe Bachelier et Pierre Morel, respectivement président et membre de la commission photo-journaliste.

Nous pensions tout savoir de l’UPP, l’Union professionnelle des photographes, la plus grosse association professionnelle bien connue pour ses actions de défense du droit d’auteur. Nous l’avons redécouverte dans un échange passionnant avec Philippe Bachelier, son président, et Pierre Morel, membre de la Commission photo-journaliste.

Siège de l’UPP, Philippe Bachelier et Pierre Morel – Photo : © Brigitte Trichet

Le fil conducteur de l’UPP : la défense du droit d’auteur

L’UPP regroupe 1000 membres actifs qui exercent en tant que photo-journalistes ou comme photographes auteurs. Cette diversité de pratiques professionnelles s’explique par l’histoire de l’UPP, née de de la fusion d’associations de photo-journalistes, avec l’UPC, laquelle avait déjà regroupé plusieurs associations de photographes auteurs.

Pouvoir ainsi faire le lien en interne entre les photographes auteurs, les photographes qui travaillent uniquement pour la presse et ceux qui ont plusieurs activités est un atout pour l’UPP : il est bien plus facile de comprendre, condenser et défendre les spécificités de chacun auprès des pouvoirs publics.

C’est d’autant plus important qu’aujourd’hui chaque photographe construit son propre métier, trouve le modèle qui lui correspond par exemple avec une agence, au sein d’un collectif, d’une coopérative d’emploi et d’activité… Beaucoup de photographes cumulent plusieurs modes de rémunération et régimes sociaux : une rémunération à la pige sous forme de salaire en tant que photo-journaliste ; une rémunération sous forme de droits d’auteurs avec une affiliation à l’AGESSA (Association pour la gestion de la Sécurité sociale des auteurs) ; une rémunération en portage salarial pour commercialiser des prestations à des particuliers ; une rémunération liée à une bourse, des résidences ; etc.

Après avoir remporté de grandes batailles (changement d’assiette de cotisation de l’AGESSA, exonération de la taxe professionnelle pour les photographes auteurs), l’UPP se mobilise aujourd’hui sur de nouveaux dossiers, notamment au sein du « Parlement de la photographie » organisé par le ministère de la Culture et piloté par Marion Hislen. Sans être exhaustifs, citons les critères d’attribution des aides à la presse, la redéfinition des modalités d’attribution de la carte de presse, aujourd’hui conditionnée au statut de l’entreprise de presse avec laquelle le photo-journaliste travaille. 

Plus de visibilité et d’ouverture

L’UPP offre déjà de nombreux services à ses adhérents : réunions d’information, lectures de portfolios, conseils individualisés, etc. 

Avec le numérique et l’existence d’appareils photo de qualité à moindre coût, la profession de photographe est devenue accessible à tous. C’est une force pour la profession, bien sûr. Mais cela exige en contrepartie que l’UPP soit connue des photographes et perçue de tous, aspirants et photographes professionnels, comme un outil fiable et pertinent d’information sur les droits, les tarifs, les pratiques professionnelles, et plus largement sur l’écosystème dans lequel s’inscrit le photographe.

« Si le téléphone a changé beaucoup de choses — par exemple, il arrive fréquemment que des journalistes de presse écrite fassent des interviews en enregistrant sur leur téléphone, le téléphone devient un carnet de note grâce à ses fonctions d’appareil photo —, pour moi ce n’est pas tellement cela qui a changé le métier, c’est vraiment le basculement numérique. Auparavant, avec les films, le développement des films, les tirages, il y avait une barrière financière d’accès au métier, une sélection par l’argent, il fallait beaucoup de volonté pour faire ce choix de métier parce que ça nécessitait un certain nombre de sacrifices. Aujourd’hui, ces sacrifices existent toujours lorsqu’on décide de mener cette carrière, mais, en fait, l’accès a complètement changé : tout le monde est photographe, bon, et la qualité des images fournies par le smartphone suffit pour un certain nombre de publications dans la presse que ce soit pour la presse en ligne ou une presse papier. Le coût de production des images a aujourd’hui considérablement baissé, (…) et une image qui est publiée sur le net rapporte moins qu’une image qui est imprimée. »

Philippe Bachelier

Du coup, l’UPP se mobilise pour se donner plus de visibilité, à l’image de ses nouveaux locaux dotés d’une vitrine qui permet d’exposer chaque mois un adhérent. Cela signifie se réinventer pour toucher le maximum de personnes, rénover le site internet, être présent sur les réseaux sociaux, mettre en place des partenariats avec les iconographes, avec les retoucheurs, multiplier des occasions de rencontres,…

C’est beaucoup d’investissement en temps pour les deux salariés de l’association et tous les photographes qui s’y consacrent bénévolement.  Mais face aux GAFA qui déploient leurs moyens pour que les images circulent gratuitement, il est indispensable de toujours rappeler que « le droit d’auteur existe, qu’une photographie qui circule est une photographie qui doit être rémunérée et que les photographes ont des droits » (Philippe Bachelier). Sans doute peut-on voir dans l’essor récent des abonnements numériques des raisons d’espérer :  il y a de plus en plus une prise de conscience que l’information fiable représente un coût et qu’elle exige un vrai travail.

« Une photographie qui circule est une photographie qui doit être rémunérée, (…) les photographes ont des droits. C’est quelque chose sur lequel on doit mettre l’accent parce que, sinon, nous aurons de toute façon la force des lobbys des GAFA qui voudront, et cela se comprend, que l’image circule gratuitement. »

Philippe Bachelier

Le livre : « profession de foi et vitrine du photographe »


Pour finir notre entretien, nous avons voulu faire un clin d’œil à notre activité de publication de livre et connaître la place que pouvait avoir un livre dans le parcours d’un photographe.

Pour Philippe Bachelier, le livre est quelque chose de très spécifique, « quelque chose qui va rester ». Il dépasse le temps court de la publication sur un site d’information en ligne ou d’un reportage publié dans un magazine. Il ne rencontrera son public, peut-être, que bien plus tard. Il est souvent le marqueur, réfléchi et construit, d’une étape, à la fois « une profession de foi, une vitrine ».

« Aujourd’hui, les photographes et a fortiori les photo-journalistes sont vraiment dans un modèle à 360°, ce n’est plus la presse la seule source de revenu, cela peut être des bourses, des résidences, des workshops, ce sont des manières d’atteindre des publics différents, de raconter différemment son histoire et je trouve que cela fait sens. »

Pierre Morel

Retrouvez prochainement l’entretien complet dans toute sa richesse, sur notre podcast L’Œil écoute.

Article rédigé par Anne Pauthier.

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