Eric Antoine
Né en 1974, Éric Antoine est un photographe français. À la sortie de l’adolescence, la photographie devient sa passion et il met toute son énergie à explorer les possibilités de l'argentique. Il part à la rencontre du monde, des gens et des paysages urbains au gré de ses nombreux voyages. Quinze années et des milliers de pages de magazines plus tard, sa vie prend alors un tournant brutal et l’incite, en 2010, à s’installer en dehors du monde, dans une maison à la campagne.
Depuis, Éric Antoine développe un travail photographique introspectif couronné par de nombreuses expositions et par les ouvrages Ensemble Seul (2015) et Useful Lies (2021). Sa pratique artistique s’élabore sur la maîtrise obsessionnelle de la technique du collodion humide sur verre grand format, plaçant ainsi au cœur de ses recherches la question de la matérialité de l’image. Dans une approche quasi-sculpturale et jusqu’à l'épuisement de sa quête formelle, Éric Antoine livre de véritables photographies-objets, miroitantes et argentées. Loin de toute nostalgie, ce procédé est une discipline émancipatrice.En s’assurant la pleine maîtrise de son processus créatif, le photographe mêle idéalement la forme et l’esprit, la recherche artistique et son histoire intime. Le travail de l’artiste est indissociable de sa vie, dans ses aspects les plus quotidiens comme dans ses quêtes essentielles.
Éric Antoine questionne la fuite du temps, la mémoire, la cicatrisation des plaies et l’espérance, discrète et immuable. Symboles et allégories dessinent la géographie de l’esprit du photographe. La sensation d’isolement, puis de renaissance, véritable fils conducteurs de son œuvre, révèle le choix d’une vie au cœur de la nature, loin du fracas du monde. Cette solitude choisie est aussi bienfaitrice qu’elle est fertile. Elle est une distanciation qui laisse à voir le monde et ses dérives avec clairvoyance. L’immobilité et le silence des photographies d’Éric Antoine contrastent avec les images d’un monde de concurrence et de rythmes imposés. Tout en suggestion et subtilité, les œuvres de l’artiste dénoncent fermement la quête du sensationnel.
De cette réflexion naît une quête d’épure toujours plus poussée. La simplicité de ses natures mortes, la pureté de ses paysages reflètent un minimalisme obsessionnel. Le regard, débarrassé de ce trop plein perturbateur, se pose enfin sur la beauté d’une tache de lumière, la délicatesse d’une pile de papiers oubliés, la lumière sur un flacon, un reflet sur la peau…L’artiste s’attache patiemment à montrer une réalité objective, sans jamais se départir d’une sublimation esthétique. À la vue de ses représentations précises d’objets, nous pourrions croire qu’il renouvelle la pensée de la nouvelle objectivité allemande.
Paradoxalement, il embrasse pourtant parfois les défauts, coulures et caprices du collodion humide, se rapprochant ainsi d’une démarche plus pictorialiste.La pratique photographique d’Éric Antoine est en réalité satellite. Son œuvre synthétise pour mieux les contourner ces deux courant de l’histoire de l’art a priori irréconciliables. Ce faisant, il interroge le statut de l’image dans nos sociétés contemporaines, dénonce les tourments du monde et invite à se délecter des beautés les plus simples et dissimulées.