8 mars 2021 : Soyons tous féministes !

Un ouvrage paru fin 2020 a certainement retenu l’attention de bon nombre d’entre vous.

Dans leur ouvrage manifeste Une histoire mondiale des femmes photographes, Luce Lebart et Marie Robert se sont interrogées sur la place des femmes dans le monde de la photographie depuis la création du médium en 1839. Force fut de constater qu’un mot, très fort, résumait à lui seul cette place : « l’effacement », « l’effacement des femmes dans l’histoire de la photographie ».

Mais pourquoi le monde de l’image aurait-il échappé à un mouvement global qui a édulcoré le rôle des femmes, voire l’a effacé ?

Au début du XIXe siècle, la photographie est née dans un élan de création d’une société industrielle, urbanisée et démocratisée. Depuis presque deux siècles, les progrès techniques et sociaux ont évolué de conserve permettant aujourd’hui aux femmes d’accéder aux mêmes prérogatives que les hommes.Mais, si la situation des femmes tend à s’améliorer dans le monde, inégalités et autres violations de leurs droits fondamentaux persistent, quand, dans certains pays, ces droits reculent.

Pour certaines femmes, l’appareil photo a été un formidable outil d’émancipation. Pour elles-mêmes mais aussi pour toutes les autres femmes : la photographie est un mode d’expression et un langage qui touche à l’universel.

Aujourd’hui, cette émancipation doit pourtant encore être accompagnée, soutenue, pour que certaines mentalités et pratiques encore très résistantes (qu’on les appelle machisme, misogynie ou paternalisme, elles sont toujours une volonté d’exercice du pouvoir, inconsciente ou pas) puissent demain disparaître et que chacun trouve le moyen, en être libre et autonome, de vivre selon ses désirs, ses rêves, ses ambitions.

En ces temps de suprématie du digital mobile et de l’explosion du nombre d’images partagées sur les réseaux sociaux, il est aussi peut-être urgent de poser une nouvelle réflexion sur l’impact des images sur la fabrication de ces mentalités… On connaît le pouvoir des images, entre miroirs de nos sociétés et instruments de propagande (le marketing d’aujourd’hui)…

Depuis 1977, les Nations unies ont déclaré le 8 mars Journée internationale des femmes (ou des droits des femmes selon les pays).

Hemeria participe à sa façon à cette journée en choisissant de célébrer celles et ceux qui, par le livre et la photographie, donnent une visibilité au monde féminin et montrent à quel point ce dernier est riche et foisonnant, exprimant toute la diversité des regards. Ils sont à retrouver sur notre page d’accueil.

« Ce qui m’a également frappée, c’est la force de la jeune génération. (…) On voit que la parité s’installe et, plus généralement, des changements faisant écho à ceux qui se produisent à l’échelle de la société toute entière. »

Karolina Ziebinska-Lewandowska, conservatrice au cabinet de la photographie du Centre Pompidou, interviewée sur le parcours Elles X Paris Photo 2020.

« Je ne veux pas qu’on me fasse rentrer dans les rangs, je ne veux pas qu’on me fasse rentrer dans la ligne. (…) Être une femme artiste est un handicap. »

ORLAN, artiste plasticienne

« L’approche photographique du monde est un révélateur dans les féministes européennes n’ont sans doute pas encore apprécié toute l’importance. Il y a dans la photographie — et surtout dans la photographie de style réaliste chère aux Américains — un pouvoir d’éclairage exceptionnel : une seule image ramasse en elle-même plus qu’un long discours. Et la juxtaposition des images dans une exposition ou un album fait réapprendre à voir. »

Collin Françoise. Féminisme et photographie. In Les Cahiers du GRIF , n°4, 1974.

« Il me paraît que c’est une des tâches du photographe de souligner les nécessités de changement. (…) Grâce [aux] documents photographiques, on a pu prendre certaines mesures décisives. C’est tout à fait ma conception de la photographie. »

Dallier Aline, Niepce Janine. Extraits d’une conversation avec Janine Niepce, reporter-photographe. In: Les Cahiers du GRIF , n°11, 1976.

« La publicité, notamment, expose très tôt à des images de corps féminins sexualisés, idéalisés et stéréotypés. Les médias proposent de leur côté une couverture médiatique des femmes davantage axée sur leur physique et leur vie privée, plutôt que sur leurs compétences. C’est par exemple le cas des femmes politiques, mais aussi des héroïnes de films et de séries ».

Philippe Bernard, chercheur en psychologie et neurosciences sociales & maître de conférences, in Daily Science, octobre 2019.

« Plutôt que de dénoncer la pornographie ou de militer contre, une nouvelle génération d’artistes tente de s’approprier la pornographie, qui, elle, s’institue de plus en plus en tant que nouvelle norme sexuelle. »

Lavigne, J. (2009). Sexualité et photographie : transgression féministe et ratification de la norme pornographique comme pratique artistique. Protée, 37 (1), 25–34.

« Il y a notamment toute une histoire de la dépréciation du rapport à la technique des femmes. Or, beaucoup de femmes trouvent dans l’outil photographique et dans leur maîtrise de cette technique un moyen d’émancipation et d’engagement, notamment pour défendre des causes. On a ainsi plusieurs femmes qui sont de véritables lanceuses d’alerte. »

Luce Lebart, France Culture, émission La Grande Table par Olivia Gesbert, 10/11.2020.

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